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jeudi 29 juin 2017
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« Bazouam’», une exposition à ciel ouvert dans le « Village Artisanal » de Grand-Bassam

Bassam fait la belle. Elle attire les regards. Elle interpelle. De part et d’autre de l’ancienne route qui mène à ses portes, une exposition photo a conquis le terrain. Impossible de ne pas marquer une pause pour admirer la profondeur de chacune des photographies qui habillent le chemin. Bazouam’, galerie sur route, s’ouvre pour six semaines, à compter du 27 avril 2017.

Bazouam’, galerie sur route, est un projet inédit en Côte d’Ivoire. Située à l’Est de la ville d’Abidjan, c’est la cité balnéaire de Bassam, patrimoine mondial de l’UNESCO, qui a été choisie pour abriter cette exposition à ciel ouvert. Dans la langue N’zima, « Bazouam’ » signifie « aide-moi à porter ma charge sur la tête ! ». C’est sans doute l’une des raisons qui a poussé Armand Gauz et Dorris Haron Kasco, deux artistes que tout semble réunir, à braquer les projecteurs sur le village artisanal de Bassam. Ainsi, ils lancent un appel solennel à l’attention des passants, et les invitent à jeter un regard sur les artisans qui occupent ce village.

Sur plus de 1 km de route, des ateliers aux apparences ordinaires s’agglutinent. Mais il faut oser faire le pas, prendre sur soi le temps d’un arrêt pour découvrir les merveilles qui sortent de ces « baraques » qui résistent au temps, depuis plusieurs décennies. Les photographies, postées tous les 100 mètres, semblent imposer cet arrêt. Des individus, avec chacun un présent, un futur, et une histoire, s’offrent aux passants, sans aucune suggestion. A chacun de se faire son idée et d’écrire les lignes de l’histoire de chaque photo.

Ouédraogo Casimir, artisan-commerçant depuis 15 ans, dont l’atelier jouxte la première photographie de l’exposition, a été « piqué » depuis le bas-âge : « tout petit je venais travailler au marché artisanal. J’ai vu beaucoup des choses qui m’ont plues et j’ai appris le métier ». Face aux difficultés qu’il égrène « il n’y a pas de clients. Nous n’avons plus de touristes, pourtant nous avons besoin des touristes ». Il brandit sa détermination et l’amour qu’il a pour cette vocation.
Comme lui, Abdel-Aziz qui travaille le bronze depuis 1998 occupe fièrement un atelier au sein du village artisanal. Chacune des pièces qui sortent de son atelier est la part d’une histoire qu’il raconte. Elles portent ses aspirations les plus enfouies et son envie de liberté.

Artistes ou artisans ?

Les initiateurs de Bazouam’ font de cette exposition une sorte d’appât, pour inciter même les plus réticents à pénétrer l’univers de ces artisans parfois ignorés. Dans certains des ateliers, des photographies sont disposées, comme une invitation à voyager dans le temps, à aller au-delà même des ateliers d’exposition, et fouler la poussière des ateliers de fabrication. N’est-ce pas à ses œuvres qu’on reconnait l’artiste ?

« Un artiste, ce n’est pas quelqu’un qui le devient par auto-proclamation, avec un discours taillé. L’artiste, c’est le faiseur, et c’est au vu de ce qu’il produit, que la masse décrète s’il y a art ou pas [ ] On s’est donné pour objectif de faire cette exposition sur les artisans qui ne sont qu’artisans, mais vu de près, plus artistes que d’autres artistes. Notre objectif est de les mettre en lumière », soutient Dorris Haron Kasco.

                                                        Dorris Haron Kasco

La question qui, au-delà de tout, ressort de cette exposition semble être la frontière qui existe entre l’art et l’artisanat. « Nous, on n’est pas dans une illustration quelconque du travail de ces personnes-là. Mais juste dans un questionnement qui établit la frontière entre l’art et l’artisanat. Et la réponse, ce n’est pas à nous de la donner » conclut-il.




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