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jeudi 19 octobre 2017
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Salon Campus CCF

[ LA FICTION DU SAMEDI ] Le mec du Gbaka

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Le mec du Gbaka

Une nouvelle de Emilie TAPE

Je n'avais jamais été aussi contente d'être dans un gbaka. Tant la routine m’enlevait toute envie de profiter du trajet tous les matins.
Adjouffou* 1er arrêt, un apprenti-gbaka* me hèle « la beauté, gare de Bassam non ? ». J'acquiesce en levant la main pour lui demander d'immobiliser le véhicule qui démarre en trombe après que je m’y sois assise.
 
Djéda - Carrefour aéroport - Phare, puis, 43e Bima. Là, trois hommes arrêtent notre gbaka. Le premier attire particulièrement mon attention. Je le regarde se démerder pour s'installer sur un siège vide. C'est gênant mais mes yeux sont de plus en plus insistants. Ils veulent que mon cerveau enregistre les traits de ce visage charmant qu'il a. Je le scrute, et m'arrête un moment sur son oreille gauche. Il a une boucle d'oreille en forme de croix. C'est beau, et ça lui va, en plus d'être un indice de sa personnalité. Certainement un « bad boy ». Ce qui n'est pas pour me déplaire.
 
Il me regarde enfin. Un premier coup d'œil furtif et un second. Nos yeux curieux ont échangé des signaux. Le temps pour moi de réfléchir à une phrase d'approche que monsieur le convoyeur gâche l'instant « coup de foudre ». « Derrière, avec la monnaie s'il vous plait. Jolie femme transport. »
 
Derrière la vitre à ma gauche, le décor m'a bien fait comprendre qu'on était déjà à mon arrêt. Grand carrefour de Koumassi. Je devais descendre... Déception !
 
Mon prince resté dans le gbaka. L'espace d'une seconde, mon être résigné se reprend et le pas décide, je vais mon chemin. Il me faut trouver un wôrô-wôrô* pour arriver à la rédaction. A une dizaine de mètre plus loin, je sens une ombre derrière moi. Quelqu'un me suis, je ralentis et plus tard, je sens une main sur mon épaule gauche. C'est sûrement un vendeur ambulant.
 
- Excusez-moi mademoiselle
 
Je me retourne en silence en essayant de contenir ma frustration pour rester courtoise, si jamais c’était un de ces vendeurs ambulants particulièrement agaçants. Mais c'était lui, l'homme aux belles lèvres et avec la croix à l'oreille. Un scénario digne d'une série télévisée. Je sentais la fin de ma solitude m'embraser. Je rêvais déjà !
 
- Pardon, vous avez oublié ça dans le véhicule. En agitant un chapelet.
- Merci beaucoup. Vous êtes bien aimable.
- Je vous en prie. Faites attention et bonne journée.
- Merci encore. Heu, où allez (...)
- Taxi !
 
Et rien du tout ! Il s'est engouffré dans son taxi me laissant plantée là. Je n’avais plus qu’à ravaler la suite de ma phrase. Et dire que ce n'est même pas mon chapelet. Je l'ai pris juste pour faire la conversation.
 
 
Gbaka* : Mini car pas très confortable
Apprenti-gbaka* : Convoyeur
Wôrô-wôrô* : Taxi communal




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