Search
jeudi 29 juin 2017
  • :
  • :

[ INTERVIEW ] Marie Ella Kouakou : « La science c’est ma nature, la littérature c’est ma passion »

A 22 ans, Marie Ella Kouakou est étudiante en Master de génie des procédés chimiques, écrivaine, auteur de 3 œuvres dont, Adjoula femme du peuple, La guerre des clans et La seconde chance. Cette jeune ivoirienne dynamique a initié il y a de cela peu, un concours dénommé « génie littéraire », au sortir duquel l’établissement gagnant se verra construire une Bibliothèque.

Marie Ella, à travers cette interview, dévoile certains aspects de sa vie et ouvre le livre d’une sensibilité inouïe de sa personne, à Régionale.info.

 

Comment  l’amour des Lettres vous est-il venu ?

Je ne sais pas réellement à quel moment j’ai commencé à aimer les lettres, c’est sûr que tout ceci vient de mon environnement familial. Je suis l’enfant de deux professeurs, deux enseignants de lettres, et toute mon enfance a été bercée par les livres.

          A 22 ans, Marie Ella Kouakou est étudiante en Master de génie des procédés chimiques, écrivaine

Vous avez organisé un concours dénommé le « Génie Littéraire », quel en était l’objectif ?

Le but de « Génie Littéraire » était de rapprocher les élèves du livre. On a tendance à dire que les jeunes ne lisent pas, que les élèves ne lisent pas et moi j’ai une politique à ce sujet. Si les élèves ne se rendent pas aux livres, il faut que les livres se rendent vers les élèves. Avec le « Génie Littéraire », nous avons tenté avec Monsieur Dolo (NDLR : Co-organisateur et Directeur de la Médiathèque de Treichville), de rapprocher les enfants du livre en créant une activité distractive ; un petit show si on peut le dire ainsi, autour du livre, de sorte qu’ils trouvent que c’est un moyen d’épanouissement.

Si les élèves ne se rendent pas aux livres, il faut que les livres se rendent vers les élèves. 

Pensez-vous que cet objectif a été atteint ?

Réellement oui, j’ai pu noter quelques réactions au cours de cette compétition. J’ai vu des enfants qui initialement n’aimaient pas lire, mais qui aiment la compétition, ils voyaient en ce projet de « Génie Littéraire » un moyen d’affronter les autres écoles, de se surpasser. D’un objectif à un autre, l’enjeu est finalement de leur donner et le goût de s’approprier le livre et l’esprit de Leadership.

Pourquoi le choix de cette commune ? La prochaine édition se fera-t-elle en dehors de cette commune ?

J’ai conçu le projet avec le Directeur de la Médiathèque municipale de Treichville, et c’était évident que ce serait à Treichville qu’on mènerait ce concours, parce que nous avons une certaine assise là-bas déjà, c’était plus aisé pour nous de démarrer une première édition dans cette commune. De plus Treichville est la « commune n’zassa ». Qui dit culture, dit Treichville, c’était un cadre idéal pour le démarrer. Nous avons pour ambition d’aller dans d’autres communes, mais pour le moment la base c’est Treichville.

J’ai conçu le projet avec le Directeur de la Médiathèque municipale de Treichville, M. Dolo Armand  

Pensez-vous que la Littérature occupe la place qui lui revient dans les différentes écoles ?

C’est difficile que la Littérature occupe la place qu’elle devrait occuper dans la mesure où on en a fait un mythe.  Les élèves voient en la Littérature tout ce qui est intellectuel, ils ne voient pas le côté amusant que nous avons pu voir grâce à nos parents. Mon père pour courtiser des femmes disait des poèmes et ma mère chaque fin d’année écrivait des pièces de Théâtre pour les élèves de sa classe. Pour soutenir l’esprit Littéraire au lycée, nous écrivions de petits récits dans nos cahiers pour passer le temps; eux ils ne voient pas ce côté. Pour eux, qui dit livre dit étude et c’est difficile de se plaire en compagnie du livre.

Mon père pour courtiser des femmes disait des poèmes et ma mère chaque fin d’année écrivait des pièces de Théâtre pour les élèves de sa classe. 

Que pouvez-vous dire aux élèves qui se font des barrières et refuse de se rapprocher de la littérature, au regard des différentes séries qu’ils décident d’embrasser ?

Pour moi, il n’y a pas de fossé entre la Littérature et la science. Les grands scientifiques de ce monde sont avant tout littéraires, je peux citer entre autre, Blaise Pascal, Camara Nangala, Marie Ella Kouakou, je veux dire que tout ce qui est science est d’abord construit dans une langue et qui dit langue, dit littérature. Il n’y a pas de réels faussés, être un scientifique n’est pas une véritable raison pour faire de la littérature un ennemi.

Ne vous est-il pas arrivé à un certain moment d’avoir l’impression de faire un mauvais choix ?

C’est relatif dans la mesure où je suis née scientifique, je fais partie de ces personnes qui déjà au CP1 faisaient des multiplications à deux chiffres, donc la science c’est ma nature, la littérature c’est ma passion. Mais en grandissant, je me suis rendue compte que oui je suis scientifique mais j’aime mieux faire ma passion et faire ce qui est naturel. Peut-être que oui, j’aurais voulu faire autre chose que ça, mais ça ne me gêne pas, c’est toujours bon d’allier les deux, ça me donne matière à discussion lorsque je rencontre des gens.

Pensez-vous que les réseaux-sociaux sont un frein à l’adoption de la littérature par les plus jeunes ? 

Je sais qu’au départ, il y a quelques années, disons 2008-2009, avec MSN – c’est surement MSN qui a gâché notre manière d’écrire les messages – il y avait des abréviations là-bas. Nous étions devenus très texto. Les messages envoyés étaient abrégés pour aller plus vite, et moi-même j’ai été de cette génération qui écrit « maintenant », « mtn », « t’inquiète », « tkt », et même « moi », « mw ». Nous avons tous fait ça mais il est claire qu’à un moment, ça joue sur notre réel orthographe, on n’arrive plus à écrire les mots correctement et c’est seulement lorsqu’on est à l’université, lorsqu’on postule pour certains concours, qu’on se rend compte qu’écrire correctement est essentiel. Les réseaux sociaux ne sont pas un frein. J’ai découvert récemment, « bic rouge le correcteur », c’est une page fictive je dirai, qui se charge de corriger les fautes des gens. Aujourd’hui, s’il y avait plusieurs « bic rouge » sur Facebook, twitter et autre, les gens feraient plus attention à ce qu’ils écrivent. Les réseaux sociaux ne devraient pas, disons, gâcher l’éducation, le peu d’orthographe que nous avons appris au primaire. Avec ce genre de page, on pourrait s’améliorer.

J’ai découvert récemment, « bic rouge le correcteur », c’est une page fictive je dirai, qui se charge de corriger les fautes des gens.

Lire aussi : Un concours d’orthographe organisé pour lutter contre la mauvaise influence des SMS

Avez-vous un message à l’endroit de tous ceux qui sont réticents à la lecture et aux livres de façon générale ?

Je dirai que chacun de nous a ou aura une expérience particulière avec le livre. Je connais des personnes qui tout comme moi, ont eu besoin du livre pour survivre. Avant, nous lisions juste pour les histoires, pour le beau. A un certain moment, je me suis rendu compte que je devais écrire pour survivre parce que la Littérature est une sorte de thérapie pour moi, un moyen de communiquer avec les autres, de crier les mots ou d’espérer être comprise et consolée par les autres. Je dirai que dans chaque livre, il y a une expérience de l’auteur qui est profitable à tout lecteur. Il y a un proverbe qui dit que quand on n’apprend pas du cri des autres, on apprend de ses pleurs. Pour éviter de pleurer apprenons des cris des autres en lisant.

Le but de « Génie Littéraire » est de rapprocher les élèves du livre

Quels sont les livres et les auteurs qui vous ont le plus inspiré ?

Les auteurs qui m’ont inspiré sont nombreux, on peut partir de Fatou Kéita, quand j’étais petite avec « pourquoi le coq n’a-t-il pas chanté ? », après, Camara Nangala, Régina Yahou et autres, mais je le dis assez souvent, maintenant, je suis plus sensible à la plume de Josué Guébo, depuis que j’ai vu certains de ces textes dans son seul recueil de nouvelle, sa seule œuvre qui n’est pas de la poésie, « l’ombre du pont », j’ai appris une chose, c’est qu’au-delà de l’histoire, il y a le style. J’assure que c’est une œuvre qui a su prendre mon cœur et en dehors de cela, parmi les auteurs ivoiriens, j’aime bien Alain Tahi, avec son œuvre « John Ziguehi ». Ils sont nombreux.

…je suis plus sensible à la plume de Josué Guébo [ ]

Quel est votre mot de fin ?

On m’a conté une histoire, l’histoire d’une dame asiatique, qui avait parcourue une longue distance à pied et lorsqu’elle est arrivée au bout de son parcours, des journalistes lui ont demandé, Madame, à votre âge, comment avez-vous fait pour parcourir une si longue distance ? Et la dame a répondu ceci, pour marcher on n’a pas besoin de courage, il suffit de faire un pas après l’autre. Cela pour dire que dans cette vie, on n’a pas réellement besoin de courage pour avancer, il suffit de faire un pas après l’autre. Il n’y a aucune limite, aucune barrière dans la vie, on peut tous aboutir, on peut tous réaliser nos vœux, juste en faisant un pas après l’autre.




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.