Lorsque l'âme saigne


Une nouvelle de Jocelyne KPAN

Je croule sous le poids des problèmes. Je suis un homme qui pleure. Dieu il doit être vivement touché ! Tellement touché qu'il n'entend aucune des prières que je lui adresse. Il est sûrement convalescent par ma faute. Alors je fume ! Je fume pour le rejoindre. Le plus tôt sera le mieux. Qu'elle est bonne cette sensation de fumée qui voyage à travers votre être et unifie vos nerfs sur le point de craquer.

Ils le disent tous, abus dangereux pour la santé, mais moi je préfère partir ainsi. Qu'ils disent tous que je suis mort par abus de cigarettes et non que j'étais un crève-la-faim. Le chômage, lui, il me tue à grand feu, mais sous mon diplôme, c'est pas marqué abus de chômage dangereux pour la santé. Il y aurait dû avoir un mot, une note, j’en sais rien, moi mais ces chefs d'entreprises devraient savoir que bientôt ma mère ira m'enterrer avec le soulagement de ne plus avoir à nourrir son fils unique, celui pour lequel durant des années, elle a vendu du piment sur l'étagère du marché. Maman elle, espérait que je revienne la chercher à bord d'une superbe voiture, dans cette maison qui me loge depuis mes premiers pas sur terre.

Ici, ils me connaissent tous, du moins les vieux. Mes copains ils sont tous partis. Ils gagnent bien leurs vies. Maman est sûrement déçue mais n'ose me le dire. Elle préfère accuser les sorciers de son village.
Vanessa, elle aussi a été déçue. Tomber amoureux c'est bien, mais à la longue, l'amour ça ne remplit pas l'estomac. Alors elle est partie avec notre fils. Un autre s'en occupe. Il est super bien nanti son mari. Et je crois qu'il aime bien mon garçon. Je ne sais plus si j'ai le droit de l'appeler mon garçon. Il m'a vu charger près de son école, un tas de briques sur le chantier de maman Appia. Je me suis arrêté pour le regarder et il m'a regardé avec dédain. J'ai senti cette rage grandir en lui, cette colère. Il ne m'aime peut-être plus. C'est son droit. Son père est un damné de la vie après tout.

Moi j'ai encore fumé pour que ma santé prenne un coup, mes nerfs ils ne tiennent plus, la bouffée de fumée n'a plus d'effet.

Maman j'ai fait exprès de laisser traîner sur ton buffet, mon journal intime... Quand tu liras ceci, je serai déjà parti très loin dans un voyage peut-être de non-retour, rejoindre l'occident. Ma belle petite maman, je veux que tu saches que j'ai tout essayé pour te rendre heureuse. Je ne peux plus vivre avec cette honte que j'éprouve face à toi. Le voile est hissé, l'espoir rame, rame, et lorsque le navire fera naufrage, je me battrai contre les vagues pour toi. Pour rejoindre le large. Maman, pour toi je ferai tout.


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2 thoughts on “[ LA FICTION DU SAMEDI ] Lorsque l’âme saigne

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