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samedi 24 février 2018
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22 ans après sa création, Le RDR à la croisée des chemins

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Le parti au pouvoir a célébré dans une quasi indifférence ses 22 ans de présence sur la scène politique ivoirienne, dont six de gestion du pouvoir d’Etat, avec des hauts et des bas.


Le Rassemblement Des Républicains (RDR), parti au pouvoir en Côte d’Ivoire, a célébré avec la pluie d’hier mardi 27 septembre, ses 22 ans de présence sur la scène politique ivoirienne dont six de gestion du pouvoir d’Etat. Avec les péripéties qu’a connues ce parti, sorti des entrailles du PDCI (ex-parti unique) pour déni de démocratie, des espoirs sont nés.

Mais, la gestion du pouvoir, après les années de braise, n’ont pas réussi à contenter les militants.
Le premier rendez-vous de « A l’écoute des militants », le 3 août dernier à la rue Lepic, où se trouve le siège du RDR, aura été un rendez-vous inoubliable pour le ministre Sidi Tiémoko Touré. Les jeunes militants, mécontents du sort qui leur est réservé, demandent sa démission.

Pour rattraper ce qui peut l’être, les dinosaures comme Amadou Gon Coulibaly, Henriette Dagri Diabaté et autres, montent au créneau lors d’une grande offensive en direction de la base et lancent la banque du RDR avec 1 milliard de FCFA.

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Le temps a fait son oeuvre et la grogne contre la direction de ce parti a enflé. A Odiénné, avant la prompte intervention du ministre Coty Souleymane, membre fondateur du parti à la case, deux sièges sont installés, signe de la division des militants. Il n’y a aucune section ou représentation locale qui n’a ses règlements de compte. La solidarité tissée dans l’opposition a foutu le camp.

A Adama Toungara qui part plaider à Abobo pour éviter des troubles contre les factures d’électricité, ses interlocuteurs ne manquent pas de lui signifier vertement que son chef de cabinet « ne décrochent plus le téléphone ».

Alassane Ouattara,opposant craint par tous, a été investi Président de la République en mai 2012, après un bras de fer et de feu avec Laurent Gbagbo.  En Août 1998, après sa démission du Fonds Monétaire International (FMI) où il était DGA, pour prendre les rênes du RDR, il ne s’imaginait pas devenir l’icône de la lutte contre trois régimes. Emprisonnements de cadres, tueries de militants et sympathisants, exil forcé pour des militaires supposés proches d’Alassane Ouattara… La liste des exactions est longue. Le clou de ce combat, sinon de cet engagement politique, est la crise post-électorale d’octobre 2010. L’enjeu, rien moins que le pouvoir. Par l’Accord politique de Prétoria, signé le 6 avril 2005 et soutenu par les Accords de Ouagadougou, signés le 27 mars 2007, le Dr Alassane Ouattara peut enfin se présenter « à titre exceptionnel » à la présidentielle de 2010. Face à lui, le Président sortant, Laurent Gbagbo. Jusqu’au 28 novembre 2010, date du second tour de l’élection présidentielle, organisée sous la supervision des Nations Unies, les militants du RDR font bloc pour la victoire de leur mentor. Bédié et le PDCI ne sont pas loin pour lui apporter l’appui nécessaire afin de vaincre Laurent Gbagbo qui avait été l’opposant historique du père de la nation, Félix Houphouët-Boigny.

Les militants du RDR sont mécontents et ne s’en cachent plus, obligeant le président Ouattara a monter au créneau pour rappeler le devoir de solidarité à leur égard.

Les jugements des militants sont symptomatiques du gouffre qui existe aujourd’hui entre ce parti et sa base.
« Le RDR, c’est un parti solide dans l’adversité durant la période de conquête du pouvoir. Des militants très déterminés qui ont affronté l’appareil répressif de trois régimes successifs. Pour ce qui concerne la gestion du pouvoir, une réussite sur le plan économique, diplomatique et social, mais les cadres sont tombés dans les travers des différents membres de gouvernements précédents, copinage et affairisme » dénonce M. Doumbia, militant de base à Odiénné.

Pour le politologue Geoffroy Kouao-Julien, le bilan s’établit  à un double niveau, « idéologique et politique ». « Idéologiquement, le RDR se proclame de la droite, ce qui n’est pas toujours vrai, du moins dans ses actes. D’abord, sa politique relative à l’élargissement des conditions de citoyenneté et de nationalité est de gauche, ensuite sa conception du libéralisme est étroite. Pour preuve, le monopole de la RTI (Radiodiffusion télévision ivoirienne, média d’Etat) dans l’espace télévisuel national. Politiquement, le RDR n’est pas différent du PDCI et du FPI. La différence est peut-être de degré mais pas de nature : le culte du chef du parti, l’absence de débat contradictoire en interne et son incapacité à sortir des villes pour pénétrer le milieu rural. Sa décision de se fondre au RHDP avec le PDCI est salutaire et relève de la vision politique même du RHDP qui aura du mal à survivre à Ouattara et Bédié » indique-t-il.

Au moment où la dynamique de fusion entre les partis houphouétistes est engagée dans le cadre du RHDP, des militants ne sont pas très heureux d’abandonner la case verte dans laquelle beaucoup de choses se sont réalisées depuis avril 1994.
Nostalgie ou realpolitik face à un avenir encore incertain dans un moule duquel ils ont été brimés, la parole refusée ? Les esprits « anti-kanga djra » (esclave, malinké en Baoulé) ont-ils évolué pour s’adapter à la nouvelle donne au réel vivre ensemble prôné par Bédié et Ouattara ?

Le PDCI qui fait enfin l’économie de la surenchère sur l’alternance en 2020, observe du coin de l’œil son allié. Après 22 ans sur la scène politique, deux mandats à la tête de l’Etat, le RDR est appelé à disparaître en tant que tel, pour se fondre dans un ensemble plus large. Entre colère des militants et immobilisme de la direction, lutte pour succession et manque de perspectives pour certains. Ils sont nombreux les militants de base à se dire « tout ça pour ça? »…

Adam’s Régis SOUAGA

Article publié avec la collaboration de Politikafrique.info 




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