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dimanche 18 février 2018
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EXCLUSIF – Interview/ Fama TOURE, Dr Parfait KOUASSI

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Nous allons créer un fonds de garantie pour aider les PME à accéder aux prêts bancaires 

 

Elus Président et 1er Vice-président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire, Touré Faman et Parfait Kouassi nous ont accordé un long entretien en exclusivité. Ils y développent longuement leur vision du rôle de l’institution dont ils vont présider aux destinées pour les six prochaines années.

Vous êtes les nouveaux responsables, président et vice-président, de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire. Quel regard portez-vous sur la campagne que vous avez menée et cette élection ?

Parfait Kouassi (PK) : Avec le  recul, cette campagne a été un exercice extrêmement instructif sur tous les plans. Ça a été d’abord la rencontre  de deux hommes et puis la rencontre de deux projets et de deux visions.

Moi je m’étais déclaré beaucoup plus tôt,  il y a quelques années, et j’ai commencé à construire ma démarche.  Puis les différents reports de cette élection sont intervenus.

Petit à petit, les choses ont évolué  et m’ont fait rencontrer Touré Faman. Nous avons uni  nos forces et notre projet a pris une autre dimension.  Cela s’est concrétisé par  cette victoire éclatante  et je dois dire que cette victoire  a pris cette ampleur et  cette dimension parce que nous avons uni nos forces.

Faman Touré (FT) : Si je dois ajouter quelque chose  c’est  que notre rencontre était un peu comme une inspiration qui venait de quelque part. Nous avons chacun senti ce besoin, conscients que l’union fait la force, et que nous ne pouvions réussir sans allié. Les premiers contacts ont donc été pris.

Nous avons échangé mais, comme par enchantement, nous sommes tombés comme « amoureux » l’un de l’autre. Nous avions les mêmes objectifs, la même appréciation de la situation. Notre confiance est venue, s’est renforcée pour aboutir à l’union de deux visions entre deux hommes qui s’estiment. Sans cette complicité on ne serait pas arrivé à ce résultat. Nous y avons cru. Nous nous sommes fait confiance et nous avions effectivement et sincèrement un objectif commun, une vision commune.

Moi, ancien de la maison, je connaissais les enjeux et la stratégie pour y arriver.  Et lui, il m’a beaucoup apporté dans l’amélioration de ma vision des choses.

Vos  adversaires n’ont quasiment pas fait campagne, cela a-t-il  joué en votre faveur ? N’étiez-vous pas inquiets?

FT : Oui bien sûr, on ne peut pas faire une telle campagne et ne pas être inquiet, surtout qu’il y a eu des moments ou des gens ont utilisé des arguments fallacieux pour dire qu’ils étaient les candidats du pouvoir, donc ça peut inquiéter. Il y avait quand même des opérateurs économiques importants sur leur liste, c’était inquiétant. Mais, nous avons été au combat avec notre fougue et notre conviction et ce que nous avons été dans le passé parce que ça aussi, c’est vraiment important.

Nous avons eu chacun des expériences riches ; lui dans le domaine du sport et d’organisations professionnelles (NDLR : CNSE et ordre des pharmaciens) et moi dans d’autres activités (NDLR : assurance, vice-président de la CCI) cela compte. Les actes que nous avons posés par le passé dans nos différentes activités, ont joué en notre faveur.

La confiance est importante en Afrique. Et je crois que nous avons utilisé ce facteur. Nous avons usé du corps à corps pour pouvoir effectivement nous imposer. Vous ne pouvez pas faire une élection sans être inquiet parce que rien n’est acquis d’avance. Nous avons su, à un moment donné, aller vers nos électeurs et nous avons fait un travail de terrain pour pouvoir convaincre les opérateurs économiques.

PK : Moi je ne dirais pas les choses comme vous les avez dites, mademoiselle. Dire qu’ils n’ont pas fait campagne n’est pas tout à fait exact. Ils ont eu une stratégie de campagne différente de la nôtre. Parce qu’ils ont misé sur des éléments que nous n’avons pas utilisés. Ils ont compté sur les appuis politiques. Ce n’était pas notre approche.

Nous avons bâti un programme et nous l’avons partagé avec les opérateurs économiques. Nous avons aussi essayé de prendre l’opinion à témoin, à travers la campagne que nous avons menée, avec les affiches que nous avons placardées dans la ville.

Cette élection avait la particularité que le corps électoral était très sélectif. Donc on aurait pu être tenté de ne faire qu’une campagne de proximité puisque la faiblesse du corps électoral permettait de toucher individuellement chacun des électeurs. Donc point besoin de faire une campagne grand public comme nous l’avons fait. La campagne grand public, à travers les affiches, nous a permis de donner le sentiment que nous prenions cette campagne très au sérieux et que nous faisions les choses à la dimension de l’institution que nous voulions incarner. Cela a impacté positivement  le choix des électeurs.

En un mot, ils ont fait campagne. Mais, nous avons fait une campagne différente.

Quel est votre vision de la Chambre de Commerce et d’Industrie et du rôle qu’elle doit avoir dans l’économie ivoirienne ?

PK : Il faut savoir qu’une chambre de commerce est une institution consulaire,  c’est-à-dire, une institution dont le rôle est  de conseiller, d’apporter des éclairages aux autorités publiques  en vue de les amener à prendre les meilleures décisions possibles pour le développement du monde économique. Toute notre vision est bâtie autour de ce qu’est la Chambre de Commerce. Notre projet considère que le rôle de la Chambre, en tout cas celle que nous voulons promouvoir,  est de construire un cadre qui permet un développement économique qui soit durable, inclusif  et partagé. Et pour cela, notre vision s’appuie sur la prise en compte des principales préoccupations du monde économique et le partage large que nous pouvons avoir avec l’ensemble des organisations professionnelles du monde économique.

C’est pour cela que nous avons parlé de la mise en place d’une action structurée avec des organisations  professionnelles. Que ce soit en termes de représentation pour la promotion d’entreprises, ou d’appui à travers les services publics, que de formation des entrepreneurs ou de gestion des services dit concédés à la chambre. Nous avons imaginé des solutions, nous avons imaginé des organisations spécifiques  pour pouvoir combler les missions de la Chambre avec le maximum d’efficacité possible.

FT : Il a dit très sincèrement l’essentiel.  Nous voulons une Chambre forte au service des opérateurs économiques. Et une Chambre qui prend en compte toutes les préoccupations de ses ressortissants. Nous entendons par ressortissants les opérateurs économiques dans tous les domaines, régulièrement inscrits au Registre du Commerce, même s’ils sont aussi affiliés à d’autres structures comme la Fédération Ivoirienne des Petites et Moyennes Entreprises (FIPME), ou la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI).

Nous voulons effectivement fédérer, faire baisser le « mystère » du Financement pour ces entreprises parce que c’est l’un des gros problèmes aujourd’hui pour nos PME. Il faut nécessairement, et ensemble, que nous puissions accompagner nos entreprises. Les entreprises en difficultés en ont besoin.

C’est pour cela que dans notre programme, nous avons parlé de « pépinière d’entreprisses », c’est-à-dire des jeunes que nous allons aider et encadrer effectivement pour qu’ils deviennent  de vrais entrepreneurs. Cela ne peut se faire  sans formation, sans assistance, sans conseils.

Et à l’international nous nous devons de reprendre notre place parce qu’au niveau de la zone Afrique occidentale,  la Côte d’Ivoire a toujours été tête de groupe, surtout dans la zone Uemoa.  Et nous devons continuer justement à jouer notre rôle dans la sous-région. Avoir une très  bonne relation avec les autres Chambres de la sous-région  pour faciliter les échanges, pour aider les politiques  justement  à lever un certain nombre de barrières.

Comment comptez-vous aider les PME ? 

FT : Déjà au niveau de la Chambre, nous avons initié ce qu’on appelle « l’Appui aux entreprises » pour aller à la certification. La BAD  nous y aide dans le cadre du financement.

Nous allons multiplier ce genre d’opération. L’appui financier de la BAD permet à la Chambre de Commerce d’aider les jeunes entrepreneurs à être outillés dans l’entrepreneuriat, et donc, être viables dans la recherche de financements. Parce que, si vous n’avez pas une certaine culture de la gestion de l’entreprise et si vous n’avez pas un minimum de règles de gestion, il n’est pas évident d’être convainquant devant une institution financière pour avoir des financements.

Nous apprenons donc à ces entreprises à monter des dossiers pour mieux s’organiser et faciliter leur approche devant un financier.

Est-ce que les jeunes étudiants qui sortent  des écoles pourront comptez sur vous ?

FT : Mais absolument. Cela fait partie justement de notre programme, de ce que nous envisageons de faire pour la jeunesse. Nous avons justement un département qui travaille avec le ministère de l’Emploi des Jeunes et certainement que des solutions sortiront de  ce que nous sommes en train de faire ensemble. Pour aider ces jeunes au niveau de la formation, au niveau de la tenue de leur compte, au niveau même de l’approche entrepreneuriale. Nous essayons justement de prendre les jeunes en compte et les amener vers la réalisation de leurs projets, et nous allons avec eux vers les autorités pour obtenir d’autres appuis  institutionnels.

PK : Il y a un aspect dans notre vision pour la jeunesse, c’est justement de  corriger ce comportement des jeunes ivoiriens. Un comportement qui tire vers le salariat ou le fonctionnariat. Avoir un travail, être un salarié  confortable et ne pas prendre de risque.

Il est question de sortir de cette  culture de fonctionnariat pour développer une culture d’entreprenariat. Nous voulons développer des écoles de formation de haut niveau en matière de management et d’entreprenariat. Mais aussi, accompagner les jeunes qui se lancent à travers les pépinières d’entreprise que nous allons mettre en place pour les couver.

Maintenant, en termes d’appui aux entreprises, le président l’a dit, les trois problèmes les plus récurrents avec les entreprises ivoiriennes, c’est la question du financement, celui de l’accès aux marchés publics et la faiblesse de structuration des entreprises. Sur ces trois éléments nous avons un projet.

Sur la question des financements, nous voulons mettre en place un fonds de garantie qui va permettre aux PME d’améliorer leur accès au financement bancaire.

Il existe au niveau du ministère  des PME un programme qui  est baptise Phoenix calqué un peu sur le programme que les américains ont annoncé et qui est doté d’un budget de 86 milliards de FCFA. Il  sert de première garantie mais aussi, d’appui, puisqu’il est directement octroyé à certaines entreprises pour développer leurs activités.

En matière d’accès aux marchés publics, il y a beaucoup de récriminations par rapport aux entreprises ivoiriennes dont on estime qu’elles sont en sous capacité pour entrer en compétition et gagner de grands marchés publics. La loi de la sous-traitance permet de réserver 30% des marchés aux entreprises ivoiriennes. Nous voulons veillez à ce que cette loi soit respectée dans son intégralité. 30% c’est un début. Nous estimons que c’est un bon taux. Il faut que les entreprises ivoiriennes grossissent, gagnent  de l’argent, qu’elles accroissent leurs capacités  et leurs compétences en termes de technicité  pour  qu’on pense à augmenter ce taux.

Certains jeunes ont eu leurs projets volés par des responsables d’entreprises. Qu’est-ce qui prouvent que ce ne sera pas le cas ici à la Chambre de Commerce ?

PK : C’est la question de l’honnêteté dans les rapports professionnels. C’est un vice qui existe mais il faut savoir qu’au niveau de la Chambre, qui est une institution sérieuse, lorsqu’un porteur de projet est pris en charge dans le cadre de la pépinière d’entreprises, le projet est répertorié en son nom, à son identité.

Il est accompagné, conduit jusqu’à un niveau de maturation suffisant pour que le promoteur puisse voler de ses propres ailes. Maintenant, s’il ne sait pas garder le secret de son idée et qu’il la partage tous azimuts et que quelqu’un d’autre, plus entrepreneur que lui l’exploite, la faute lui incombera. Mais, dans l’absolu, l’institution que nous incarnons, mettra  en œuvre les protections et les garde-fous  nécessaires.

FT : Je peux dire à ce niveau  que ce phénomène existe mais au niveau de la Chambre nous n’avons pas encore enregistré d’insatisfaction. Renseignez-vous, c’est peut-être ce qui se passe à l’extérieur. Mais, une fois que cela arrive à la Chambre, nous mettons tout en œuvre pour protéger les jeunes et généralement nous réussissons à les accompagner et les protéger jusqu’à ce que qu’il y ait un résultat.

Les commerçants ne connaissent pas la Chambre de Commerce, et pour ceux qui en ont entendu parler, ils l’associent à l’ancien Président, aujourd’hui Ministre du Commerce, Jean-Louis Billon. Êtes-vous au courant de ce fait? Qu’allez-vous faire pour faire mieux connaître la Chambre?

FT : Il faut que je corrige une chose, les commerçants qui ne connaissent pas la Chambre de Commerce ne s’y intéressent pas.  Les gens pensent que seuls les opérateurs économiques d’un certain niveau peuvent venir à la Chambre de Commerce. C’est tout à fait faux.

Avec le ministre Jean-Louis Billon la Chambre a fait un grand pas mais cela ne date pas d’aujourd’hui. Avec chaque Président il y a eu une amélioration.

En dépit de la crise, le ministre Jean-Louis Billon  a fait beaucoup d’efforts pour maintenir en éveil la Chambre de Commerce, nous avons fait le maximum pour sensibiliser les operateurs économiques.

Mais, lorsque nous avons lancé la campagne, tout le monde a commencé à s’intéresser à la Chambre de Commerce.

Maintenant, bien sûr, la sensibilisation fait partie de notre programme. Mettre la Chambre de Commerce à la portée de tous. C’est gratuit. Nous appuyons des opérateurs économiques. Nous invitons des investisseurs à venir pour des échanges et pour permettre à nos opérateurs économiques d’avoir d’autres expériences,  d’organiser des rencontres même en dehors de la Côte d’Ivoire.

Beaucoup de commerçants sont dans le secteur de l’informel. C’est une de nos préoccupations également. Nous avons des contacts avec la fédération des commerçants avec d’autres structures de commerçants du vivrier, des vendeurs de pagne, etc.
La sensibilisation fait donc bien partie de nos préoccupations. Mais, il y a un élément qui a manqué à la Chambre et je crois que cela va être une de nos batailles : ce sont les ressources. Nous avons été un peu diminués au niveau des ressources.

Nous sommes une Chambre qui a un certain niveau mais dans la sous-région  du point de vue ressources, nous sommes pratiquement au tiers voire la moitié du budget de notre consœur du Burkina Faso ou du Mali,  ce qui n’est pas normal pour une Côte d’Ivoire qui va vers l’émergence.  Nous devons avoir un budget qui est au moins 4 fois plus élevé que celui que nous avons aujourd’hui qui est de 5 milliards de FCFA.

PK : Tout à l’heure j’ai évoqué la question de la faiblesse de la structuration des entrepreneurs, des entreprises, notamment celles de petites tailles, comme les commerçants. Il est indiscutable que la Chambre doit améliorer sa communication  et mieux faire connaitre les services qu’elle offre ou propose aux entreprises.

Mais, il est aussi anormal que quelqu’un qui se dit entrepreneur, qui a une entreprise, puisse méconnaître l’existence d’une Chambre de Commerce. On ne choisit pas d’adhérer à la Chambre de Commerce, on y est membre d’office  lorsqu’on crée une entreprise, qu’on va au tribunal du commerce et qu’on est enregistré au registre de commerce. On devient membre de facto de la Chambre de Commerce  et le bon entrepreneur doit être aussi celui qui prend toutes les dispositions pour connaître les outils et les structures qui permettent à son entreprise, à sa démarche, de prospérer et de réussir. La Chambre va mettre en place une communication qui sera plus intense pour mieux se faire connaître, mieux faire connaître les services qu’elle offre et propose.

Tout à l’heure vous parliez de ramener les commerçants qui sont dans le secteur informel  dans le secteur formel. Quelle sera votre stratégie ?

FT : Notre stratégie, ce sera la communication, la sensibilisation et les rencontres. Nous allons faire un travail de proximité. Toutes ces fédérations de  commerçants qui existent dans le bâtiment et d’autres secteurs d’activités, il faut qu’elles mettent en commun leurs énergies à travers toutes les faîtières, notamment. Nous allons provoquer des rencontres périodiques. Nous allons créer une plateforme où nous allons regrouper ces structures et leurs responsables, pour échanger et voir ce que nous pouvons faire ensemble. Ainsi, nos membres et les leurs pourront effectivement collaborer.

Les pouvoirs publics, aujourd’hui,  ont intérêt à conduire toutes ces activités vers le secteur formel. Peut-être qu’il y en a  qui se plaisent dans le secteur informel, mais ceux qui peuvent venir dans le secteur formel, il faut les y encourager parce qu’il y a les ressources pour l’Etat à travers les impôts et les taxes recueillis.

Nous nous sommes rendus compte au cours  de ces élections que beaucoup, considérés comme de grands entrepreneurs, n’étaient pas à jour de leurs cotisations et n’ont pu se joindre à la liste qui devait constituer le collège électoral. Nous sommes obligés de jouer notre rôle. On ne peut pas tout faire, mais on va jouer notre rôle.

PK : Sur ce point précis du passage des structures de l’informel au formel, en plus de la sensibilisation que nous allons mettre en place,  nous allons aussi promouvoir une fiscalité plus attractive pour nos investissements. Parce que l’une des raisons qui fait que ces entreprises et ces entrepreneurs ont peur de se déclarer, c’est ce dispositif fiscal et juridique lourd.

Il fait peur aux gens qui sont insuffisamment instruits. Un entrepreneur, ce n’est pas forcément celui qui a tous les diplômes universitaires. Et nous nous sommes rendus compte qu’il y a une grande frange d’entrepreneurs, notamment dans le secteur du commerce, qui ne sont  pas des intellectuels, mais qui sont des entrepreneurs dans toute la dimension du terme.  Cette frange a peur du carcan juridique dans lequel on est enfermé quand on va vers le formel.

Il y a donc une réflexion à mener pour arriver à un allègement des modalités du fonctionnement juridique des entreprises de ce domaine. Sur le plan fiscal aussi, il faut mettre en place une fiscalité plus adaptée. Il y a une réflexion là aussi à mener. Nous  n’avons pas de solution toute faite. Il y a des réflexions que nous allons conduire, pour proposer à l’Etat de mettre en place un canevas spécifique pour permettre à ce type d’entreprises, celles du secteur du commerce notamment, d’entrer dans le formel.  Parce que la Fenacci, qui est leur centrale syndicale, revendique près de 5 millions  de membres. Donc, ces 5 millions de membres, si tant est que ce chiffre est juste, ce sont autant de contributeurs potentiels pour le fisc qu’il faut faire entrer dans le formel.

Dans votre programme, vous parlez de faire la promotion des entreprises et aussi de les défendre. Concrètement, à quoi est-ce qu’on doit s’attendre ?

PK : Nous avons parlé de créer un parc d’exposition en Côte d’Ivoire. Vous savez, il fut un temps où dans les grands projets qu’on présentait dans le développement de la Côte d’Ivoire, il était question de créer un grand parc d’exposition comme dans les grandes villes du monde. Abidjan doit avoir aussi son parc  d’exposition.

Ce parc sera la vitrine. Ce sera pour nous une manière de promouvoir le « made in Côte d’Ivoire », le savoir-faire ivoirien. Au-delà, il y a l’ensemble des missions économiques que nous conduirons à l’étranger et la participation à des foires commerciales ici ou à l’étranger.

FT : Il y a un projet à Abidjan et un autre à Bouaké. La réalisation de ce parc d’exposition est sur la bonne voie. Il en est de même pour les foires. Nous nous engageons également à faire en sorte d’inviter et d’être invités par nos homologues de la sous-région. Ce sera l’occasion de s’inspirer de ce qui est mis en œuvre chez eux pour faire profiter la Côte d’Ivoire.

La Chambre de commerce et la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), c’est un peu « chien et chat ». Quelles relations voulez-vous avoir avec le patronat ivoirien?

FT : Il n’y a pas de relations chien et chat entre la CGECI et la Chambre, comme certains le croient.

Pendant longtemps, c’est la Chambre de Commerce qui était en avant. La CGECI avait une autre appellation qui est « le patronat ». Cette structure, j’allais dire, avait des ambitions limitées et des moyens certainement limités aussi. Au fil des ans, les choses se sont améliorées pour elle.

Il faut dire aussi que depuis l’arrivée du Président Diagou, il y a eu un grand bond. Les moyens de fonctionnement ont grossi, étant donné que la taxe d’équipement est versée en grande partie à la CGECI. Donc, ça lui a donné plus de moyens.  Il n’y a pas de rivalité. Nous sommes complémentaires. Nous n’avons pas intérêt à nous comporter comme si nous étions des adversaires. Il s’agit des mêmes opérateurs économiques, des mêmes industriels et des mêmes responsables d’entreprises de services.

Nous envisageons d’organiser une plateforme où, nous allons nous retrouver périodiquement. Je me souviens de l’avoir évoqué dans mon discours de campagne. J’ai dit que si notre équipe était élue, nous ferions en sorte que cette impression disparaisse. Il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas voir qui doit faire quoi. Et comment nous devons agir pour qu’ensemble, on puisse organiser un certain nombre d’évènements. Parce que ce serait vraiment une perte d’énergie de penser autrement.

KP : Deux organisations qui ont les mêmes objectifs, ne peuvent pas être dans une posture de rivalité. La CGECI et la Chambre de Commerce, sont toutes les deux dans le rôle de défense de l’économie privée. Elles sont aussi dans le rôle de proposer les meilleures dispositions possibles aux autorités, pour favoriser le développement économique et le développement des entreprises.

Vu sous cet angle là, l’étroite collaboration s’impose à tous. Et dans mes propos initiaux, j’ai parlé de mise en place de relations structurées avec les organisations professionnelles.  Je visais, des organisations telles que la CGECI. Le président Faman, lui, a parlé de plateforme de rencontres. Il y aura d’autres propositions que nous allons partager et harmoniser pour en sortir quelque chose d’inclusive et consensuelle qui aura plus de force auprès des autorités.

Pour un responsable d’une PME, l’idéal serait-il de s’inscrire à la CGECI ou à la Chambre de Commerce ou dans les deux  institutions à la fois ?

PK : On n’a pas besoin de s’inscrire à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire pour un responsable de PME. On en est d’office membre et vous bénéficiez aussi de prestations et des services de la Chambre. Maintenant, la CGECI est une organisation privée qui défend les mêmes objectifs. S’inscrire à la CGECI reste du domaine de  la volonté de chaque individu.

FT : J’ajoute que chez nous en Côte d’Ivoire on dit, « trop de viande ne gâte pas la sauce ».  Nous sommes disposés à jouer notre rôle. Nous sommes une institution publique mise à la disposition du secteur privé. Il n’y a rien à payer. Il ne faut pas vous gêner à venir à la Chambre de commerce. Venez, vous allez voir que la porte est ouverte et qu’il y a beaucoup de bonnes choses.

Je rappelle que cette équipe que nous avons l’honneur de diriger, est celle dont le programme a convaincu. A Abidjan, c’est la liste « Unie pour les entreprises » qui a raflé tous les sièges. A l’intérieur du pays, nous avons obtenu près de 95% des voix. Cela veut dire qu’il y aura une cohésion dans le travail.

Nous allons relever beaucoup de défis. Nous serons de vrais interlocuteurs et nous aurons un vrai pouvoir de transmission entre le secteur privé et le secteur public. Nous voulons en tout cas compter sur nos autorités. Parce que pendant longtemps, on a négligé la Chambre de Commerce et d’Industrie. Or c’est une institution importante. Mais, elle ne peut jouer son rôle qu’avec l’appui de nos autorités de tutelle, avec le gouvernement.

PK : J’ajoute que nous nous battrons pour ne pas décevoir les attentes des opérateurs économiques qui nous ont soutenus à travers ce large score.

Entretien réalisé par Raïssa Yao

Coll : Moise Atchiro

En collaboration avec Politafrik.info




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