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samedi 24 février 2018
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Hissène Habré : Du palais à la prison

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La peine capitale pour Hissène Habré après plusieurs mois d’un procès inédit au Sénégal.L’ex-Président tchadien accusé « de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, d’actes de viol, d’esclavage forcé, d’homicide volontaire, de pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvement de personnes suivi de leur disparition, et d’actes inhumains » a été reconnu coupable et condamné à la prison à vie. Ces actes ont été commis au moment où il présidait le Tchad de 1982 jusqu’à sa chute en 1990. Retour sur ses huit années de règne.

 

Hissène Habré : Le parcours

HABR

    Crédit photo : DR

À Hissène Habré, l’on attribue des études des plus brillantes. Dans le désert du Djourab (à 800 km au nord de Ndjamena) où il a grandi, au milieu des bergers, le jeune Habré étudie avec l’aide de ses instituteurs. Il parvient même à devenir sous-préfet, avant de partir continuer ses études en France en 1963, à l’âge de  21 ans.

À Paris, il fait des études de droit et aussi de politique. C’est en 1972, au terme de ses études en France, qu’Hissène Habré rentre au Tchad. Il s’engage très tôt en politique et rejoint le Front de Libération Nationale du Tchad (FROLINAT). C’est est un mouvement armé tchadien créé en 1966 au Soudan pour lutter contre le régime sudiste qui discriminait les populations musulmanes du nord, du Centre et de l’est. Très vite Hissène Habré en devient l’un des chefs et fonde sa propre armée baptisée Forces armées nationales du Tchad (FANT).

Sa véritable entrée en politique s’est faite en 1978 où il est nommé premier ministre par le Président de la République, le général Félix Malloum, dans le cadre des accords de réconciliation avec le régime instauré à la suite de l’assassinat du Président Tombalbaye (Ancien Président tchadien). En 1980, dans le cadre du gouvernement d’union nationale de transition dirigé par Goukouni Oueddei, mettant fin à la 1ere guerre de N’djaména, Hissène Habré devient ministre de la Défense.

Mais il rompt plus tard avec le gouvernement d’union nationale et s’empare de N’Djamena. Le président d’alors Oueddei réussit à repousser Habré et ses forces avec l’aide de l’armée Libyenne. En juin 1982, Hissène Habré, soutenu par l’occident selon certains observateurs — notamment la France et les États-Unis — renverse Oueddei et s’empare du pouvoir.

Hissène Habré : Un règne dictatorial ?

 

Francois Mitterrand recevant Hissene Habré au palais de l'Elysee, le 21 octobre 1989

                Francois Mitterrand recevant Hissene Habré au palais de l’Elysee, le 21 octobre 1989 cREDIT pHOTO : DR

7 juin 1982, Hissène Habré devient le troisième Président du Tchad. Le nouvel homme fort du pays va très tôt prendre ses marques et se rendre compte du défi de la reconstruction auquel il doit faire face.

«Tout manque cruellement (…) Le Tchad, c’est un pays en ruines, un pays par terre. Aucune administration. Aucun moyen financier. Les fonds se sont volatilisés dans les poches et dans les comptes bancaires des uns et des autres. Nous sommes confrontés à une situation terrible. Nous ferons de notre mieux à l’intérieur en nous serrant la ceinture, comme nous avons l’habitude de le faire…», avait-il déclaré.

Son pouvoir, l’on le décrit comme étant autoritaire, axé sur le culte de la personnalité. Les chants à la gloire de «El Hadj Hissène Habré héros national» fusaient de partout. Son régime, selon certaines organisations internationales, était également marqué par de fortes répressions et des enlèvements perpétrés par la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), sa police politique qualifiée d’« impitoyable machine ».

Huit mois après son arrivée au pouvoir, Habré crée le 26 janvier 1983, la DDS, un organisme « directement subordonné à la présidence de la République en raison du caractère confidentiel de ses activités ». La mission qui lui est assignée est « la collecte et la centralisation de tous les renseignements […] susceptibles de compromettre l’intérêt national, et « la collaboration à la répression par l’établissement de dossiers concernant des individus, groupements et collectivités suspectés d’activités contraires ou seulement nuisibles à l’intérêt national ».

La DDS va s’afficher comme un véritable instrument de répression. Les méthodes interrogatoires infligées aux personnes interpellées frisent, selon le rapport de 1992 de la commission d’enquête du ministère tchadien de la Justice, la torture. Le rapport de la « Commission nationale d’enquête sur les crimes et détournements commis par Habré, de 1982 à 1990 », publié le 20 mai 1992  fait ressortir que l’ex-président tchadien ordonnait des exécutions et l’on fait état de 40 000 morts, 80 000 orphelins et 30 000 veuves.

De la chute… à la prison

En 1990, Hissène Habré est chassé du pouvoir comme il y est parvenu : par un coup d’État orchestré par Idriss Deby, l’actuel Président du pays.

L’ex-dictateur se refugie au Sénégal, où il mène un exil « doré » grâce notamment à l’argent puisé dans les caisses du trésor public tchadien. Au même moment, dans la capitale tchadienne, N’djamena, les premiers charniers sont découverts, avec eux, les traces des horreurs.

Procès hissène Habré

L’inculpation d’Habrè s’est faite pour la première fois en 2000, par un juge sénégalais. À l’époque, l’ex-Président sénégalais ralentissait le processus que l’on qualifiait d’ « interminable feuilleton judiciaire ». Il fallait attendre l’arrivée de Macky Sall au pouvoir en 2012 pour voir le feuilleton judiciaire atteindre sa vitesse de croisière, grâce à la décision de la Cour internationale de Justice ordonnant au Sénégal de poursuivre ou extrader Habré.

Le Sénégal s’est donc engagé dans des discussions avec l’Union Africaine pour les modalités de poursuite des crimes commis en 1982 et 1990 au Tchad. En aout 2012, de par une modification de sa Constitution et en accord avec l’Union Africaine, un tribunal spécial au sein du système judiciaire sénégalais est créé : les Chambres africaines extraordinaires, chargées spécialement du jugé l’ex-dictateur tchadien.

Le 20 juillet 2015 débute le procès historique d’un ex — chef d’État en Afrique et 10 mois plus tard, la cour d’assise des chambres africaines extraordinaires condamne l’ex-chef d’État tchadien à la prison à vie. Une première en Afrique.



Web redacteur ; Journaliste Radio


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