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samedi 24 février 2018
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La Côte d’Ivoire de 2011 à 2020 : un Etat post-crises qui oscille entre reconstruction et vulnérabilité

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L’Etat-crises : 1995-2011

 Sans revenir longuement sur l’histoire de la Côte d’Ivoire entre 1995 et 2011, on peut dire que le pays traverse une longue période de crises politiques, économiques, sociales dont les épisodes les plus tragiques sont le coup d’Etat de 1999, la crise politico-militaire qui conduit à la partition du pays en 2002 et la crise post-électorale de 2010-2011, qui fera près de 3000 morts. Lorsqu’Alassane Ouattara accède, officiellement, à la magistrature suprême le 21 mai 2011, il hérite d’un pays ruiné et d’une population divisée. Commence alors la reconstruction de l’Etat post-crises.

L’Etat post-crises : 2011-2015

 La crise politique, malgré les apparences se résout plus facilement qu’on ne l’imagine. La création du RHDP en 2005 et le soutien de Bédié en 2010, – un Bédié fidèle à ses engagements -, permet à Ouattara d’être élu président de la République en 2010 et de disposer  d’une confortable majorité présidentielle, ce que viendra confirmer sa réélection, au premier tour, en 2015.  Le RHDP apparaît comme une coalition solide, capable de permettre à des partis politiques aux intérêts divergents de travailler ensemble, même si des ajustements sont nécessaires. L’opposition, minée par des conflits internes, en particulier le FPI, n’apparaît pas, aux yeux des Ivoiriens, comme une alternance crédible. Les élections législatives de 2016 seront, pour cette opposition, un test sur son ancrage électoral actuel.

La sortie de la crise économique devient une réalité palpable. La croissance est forte et durable. Tous les voyants sont au vert. Ouattara apparaît comme un « Président bâtisseur » : construction de ponts, réhabilitation des routes, des hôpitaux, des universités. Des pans entiers de l’économie, autrefois sacrifiés, retrouvent un certain dynamisme. Les investisseurs étrangers affluent. L’impact négatif de la crise politico-militaire (2002) et de la crise post-électorale (2010-2011) s’estompe. La stabilité politique permet au pays de retrouver la confiance en lui-même et celle des grandes organisations internationales. Economiste libéral, le Président Alassane Ouattara s’est engagé à créer un environnement administratif et bancaire propice aux affaires. La Côte-d’Ivoire est devenue éligible auprès des programmes américains « Africa Growth and Opportunity Act » (AGOA), qui permet l’exonération de droits de douanes), « Millenium Challenge Corporation » (MCC), qui fournit des aides aux investissements des pays s’engageant sur des réformes économiques et de bonne gouvernance, comme auprès du programme européen APE (Accord de Partenariat Economique), qui favorise les échanges commerciaux et les investissements.

De la reconstruction à la vulnérabilité

La Côte d’Ivoire est passée de l’Etat-crises à l’Etat en reconstruction.  Cette reconstruction est une réalité. Mais, il ne faut pas oublier tous les signes de vulnérabilité, mis en évidence avec la grogne sociale des premiers mois de 2016. Des exclusions sociales sont toujours aussi fortes, avec plus de la moitié des Ivoiriens qui vivent en dessous des seuils de pauvreté, alors que des « élites » se partagent, de façon ostentatoire, les richesses.

Politiquement, Bédié et Ouattara incarnent une autorité morale et politique suprême qui leur permet de conserver l’unité du RHDP. Jusqu’à quand ? Jusqu’en 2020 pour une succession apaisée ? Les motifs conflictuels sont nombreux entre le PDCI et le RDR, les « irréductibles » s’agitent déjà en coulisses, préparant des aventures personnelles dans la perspective de 2020.

Les principes de bonne gouvernance et de transparence semblent encore ignorés par certains. La réconciliation nationale n’est pas achevée. Les fractures géographiques, entre le Sud et le Nord, entre les centres urbains et les campagnes, perdurent, malgré la reprise des investissements dans le domaine des infrastructures. Le secteur-clef de l’économie ivoirienne, la filière cacao, dont la Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial, connaît des rendements décroissants. Si la société post-conflits ivoirienne connaît, depuis 2011, une rapide reconstruction, les motifs de vulnérabilité demeurent, car la croissance n’est pas suffisamment inclusive. Le taux de chômage des jeunes en milieu urbain atteint les 75 %.  Telle étudiante, habitant à Abidjan et qui a réussi le concours d’entrée à l’école d’institutrices (CAFOP), est envoyée à San Pedro. Sa famille très pauvre (père au chômage, mère soignée pour un AVC et une insuffisance rénale) ne peut pas financer ses études à San Pedro. L’injustice serait qu’elle soit obligée de démissionner et rejoindre ainsi la cohorte des chômeurs. Où est la récompense du mérite, qui est la promesse de la République nouvelle voulue par Ouattara et que porte, dans le domaine de l’éducation, avec courage et ténacité, Kandia Camara ?

Alors que la Côte d’Ivoire a connu, pendant 10 ans (2000-2010), une situation de déclin, l’Etat post-conflits ivoirien  aura, depuis 2011, réussi un formidable rattrapage, au point de redevenir le fer de lance de l’économie de l’UEMOA. L’alliance Bédié-Ouattara a permis de désamorcer les clivages ethniques. L’avenir de la Côte d’Ivoire reposant sur la confiance des investisseurs, il est nécessaire de consolider la stabilité politique et la réconciliation nationale, et de parvenir à une meilleure inclusion sociale. La trajectoire de la Côte d’Ivoire jusqu’en 2020, pour aller vers l’émergence et une élection présidentielle apaisée, suppose que Bédié et Ouattara soient capables de relever tous les défis internes politiques, économiques et sociaux. Pour cela, ils doivent avoir, en face d’eux, une société dont les acteurs publics et privés sont conscients de leurs responsabilités.

Christian Gambotti

Article publié en partenariat avec politikafrique.info

 




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