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jeudi 22 février 2018
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Le déguerpissement rafraîchit Adjamé, les commerçants sinistrés

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L’opération  « propreté et embellissement des villes et communes de la Côte d’Ivoire » lancée fin mai 2016 par le ministère de la Salubrité urbaine et de l’Assainissement, prend ses quartiers dans la commune d’Adjamé à Abidjan, ce 30 juillet 2016 . 

Assis sous un hangar, Armand Kouakou  déguste tranquillement sa glace. L’air désintéressé, il regarde le spectacle qui s’offre à lui. Des bulldozers qui arrachent toitures et conteneurs, des toits qui tombent avec fracas. Des bouts de planches, restes de magasins éparpillées  sur la voies. Des CD et DVD qui jonchent le sol. Étagères en morceaux. La senteur des bouteilles de parfum pour  bébés, brisées, se mêle à celle de la boue charriée. Le magasin d’Armand kouakou vient d’être détruit. Il a le cœur serré. Vendeur de chaussures pour femmes, il tient son commerce depuis 3 ans à la place « Liberté » dans la commune d’Adjamé.  Il affirme être à jour de sa patente. Il dit aussi  payer régulièrement une taxe dite Occupation du domaine public (ODP).  Il a juste eu le temps de sauver quelques meubles avant le passage des bulldozers.

« C’est l’émergence. Ils disent que tout ici doit être propre avant l’indépendance. Donc ils sont en train de nettoyer », ironise-t-il, amer.

Tôt dans la matinée du  samedi 30 juillet 2016, les commerçants « d’Adjamé liberté » et environs, sont pris par surprise. Les engins du ministère ivoirien de la Salubrité urbaine et de l’Assainissement sont  sur leurs lieux de travail avant eux. Escortés par une force mixte de sécurité (policiers, gendarmes, militaires et agents technique de la mairie), qui tient les commerçants à carreaux, les machines détruisent systématiquement les installations anarchiques aux abords des voies.

déguerpissement

Le spectacle est le même sur toutes les voies qui mènent au rond point d’Adjamé Liberté. Notamment celle allant de Fraternité matin vers la caserne de gendarmerie d’Agban, et celle allant de l’agence de la compagnie d’électricité vers le carrefour communément appelé « Renault ».

Selon des commerçants, c’est en début d’après-midi d’hier (vendredi 29 juillet) qu’ils ont reçu une sommation de déguerpir. D’autres part, certains révèlent que cette sommation ressemblait plutôt à « une de plus », qui venait s’ajouter à biens d’autres déjà reçues.

Sidiki, lui, a son magasin d’huile et d’accessoires motos en face du camp de gendarmerie d’Agban. Les casses sont encore loin de lui mais par précaution, il démonte lui-même son installation. « C est mieux que je le fasse moi-même. Ainsi, je peux récupérer mes affaires, sinon s’ils viennent démolir, je ne pourrais rien sauver », soutient-il, avant d’ajouter que les casses ont débuté aux environs de 5h du matin au niveau du « black marcket » (vaste marché noir situé dans la commune d’Adjamé).

Déguerpissement… et après ?

Armand et Sidiki sont dans la même situation. Ils ne savent pas où trouver un endroit pour recommencer leur activité. Le ministère n’a pas fait cas de ce volet. Ils comptent  déposer la marchandise chez eux, en attendant une issue heureuse.

Dans cette atmosphère où  désolation et colère se lisent sur des visages, la solidarité est de mise. Certains commerçants appellent pour informer ceux des leurs qui ne sont pas encore sur les lieux. D’autres donnent des coups de main à leurs condisciples pour ramasser des affaires.

« Après vous allez venir vous plaindre qu’il y a des microbes. Mais si on en peut pas se débrouiller tranquillement qu’est-ce qu’on peut faire », lance, remonté,  un commerçant à ses frères qui l’aidaient à démonter sa boutique.

Un peu plus loin, un policier en tenue d’assaut tente de justifier l’opération en cours à un de ses proches dont la table a été détruite. «  Ce n’est pas nous. C’est votre « maman bulldozer », fait-il allusion à La ministre Anne Ouloto, titulaire de la Salubrité urbaine et de l’Assainissement. Et de poursuivre : «  De toutes les façons, même  si on construit un marché climatisé pour vous, vous n’allez pas  vous y installer. Vous préférez toujours être dehors. Il faut chercher un autre endroit calme où tu seras tranquille parce qu’ici, ce n’est plus possible », conseille-t-il.

La ministre Anne Ouloto, a lancé fin mai 2016, le projet « propreté et embellissement des villes et communes de la Côte d’Ivoire ». Le déguerpissement des domaines publics identifiés figure dans les objectifs de l’opération.

On peut dire que le projet est bien en marche. Ce matin à Adjamé, on peut voir jusqu’à 500 mètres devant soi. Ce qui n’était pas possible la veille.

Raïssa Yao

Article publié avec la collaboration de politikafrique.info

 




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