Législatives à Cocody : Quand les réseaux sociaux s’invitent dans le processus électoral

Les législatives du 18 décembre 2016 en Côte d’Ivoire ont commencé à livrer leurs premiers résultats, dans la journée du 19 décembre. La circonscription de Cocody, avec deux sièges, est de loin celle qui a déchainé le plus de passions au sein des populations. Avant la proclamation des résultats officiels provisoires par la Commission électorale indépendante (CEI), les réseaux sociaux s’étaient déjà arrogés ce droit.

Depuis la phase des campagnes, deux favortes se démarquaient aisément parmi les huit listes de Cocody. Yasmina Ouégnin, la députée sortante de Cocody, avec la liste « Ensemble Pour Cocody », et la ministre de la communication, Affoussiata Bamba Lamine, sous la bannière du parti au pouvoir, le Rassemblement des Houphouëtistes pour le Développement et la Paix (RHDP), donnaient déjà les couleurs à travers des piques interposées lors de leurs meetings.
Dès la fermeture des bureaux de vote, dans la nuit du 18 décembre, les partisans de chaque camp exprimaient leur soutien indéfectible à leurs candidats, et certains allaient jusqu’à célébrer la victoire avant l’heure.

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Auto-proclamation…

Avant le scrutin du 18 décembre, la Commission Électorale Indépendante (CEI) a exprimé, par la voix de son président, Youssouf Bakayoko, qu’elle « est la seule entité à proclamer les résultats provisoires et définitifs du scrutin législatif ». Contre toute attente, depuis son QG de campagne, la candidate Affoussiata Bamba Lamine diffuse une vidéo sur les réseaux-sociaux, dans laquelle une foule en liesse lance des hourras pour lui exprimer ses félicitations après son sacre : « député ! député ! député ! » pouvait-on entendre. Prenant le micro, Affoussiata va dans le même sens que ses sympathisants : « D’abord, mes premiers mots sont des mots de remerciements à l’endroit de Dieu , parce que si nous fêtons cette victoire, c’est grâce à lui. Nous les Hommes avons fait notre travail, et lui, le reste, il l’a fait ». Cette déclaration de victoire venait outrepasser les prérogatives de la CEI qui n’avait encore délivré aucun résultat.

Le lendemain du scrutin, le lundi 19 décembre, les premiers résultats ne commencent à être proclamés qu’en début d’après-midi. Pour tenter de calmer les ardeurs, la représentante de la CEI n’a pas manqué de faire une précision sur les antennes de la télévision nationale : « La CEI invite instamment les candidats à s’abstenir de proclamer des résultats qui peuvent être inexacts et causer des troubles ». Mais les réseaux sociaux ont leurs réalités et les habitudes, la peau dure.

Proclamation voilée

En fin d’après-midi du 19 décembre, le camp Ouégnin diffuse un communiqué sur les réseaux sociaux dans lequel il invite la CEI à proclamer les résultats, car celles à sa disposition serrait « largement en faveur de leur [notre] liste Ensemble Pour Cocody » :

« Les deux (2) Commissions Électorales Locales du siège de notre circonscription viennent d’annoncer officiellement les résultats qui sont largement en faveur de notre liste « Ensemble Pour Cocody » que j’ai l’honneur de conduire [ ] La célérité et la transparence de ces proclamations contribueront sans aucun doute à apaiser les populations, ce que j’appelle de tous mes vœux », précise le communiqué.

C’est tard dans la nuit que les résultats de la circonscription de Cocody ont été délivrés par la CEI, donnant pour vainqueur la liste « Ensemble Pour Cocody », avec en tête de liste la députée sortante, Yasmina Ouégnin, qui a raflée 56,86% des suffrages.

Lire aussi : Législatives 2016 : Yasmina Ouégnin bat le RHDP à Cocody

Il apparait évident qu’à l’ère des réseaux sociaux, le processus de dépouillement électoral est un véritable défi pour les États Africains. Plus les résultats tardent à être délivrés, plus les risques de déclarations isolées sont importants. Et même si les candidats et porte-voix, personnes très influentes, parviennent à respecter les règles de bonne conduite établies par les commissions en charge des élections, leurs partisans, eux, ont souvent du mal à garder le silence, ouvrant la porte à toutes sortes de manipulation des chiffres.

Paradoxalement, les réseaux sociaux peuvent être considérés comme un outil efficace pour éviter des « forcing » électoraux. C’est là la complexe équation que posent les réseaux sociaux.

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