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lundi 26 février 2018
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L’ONU dénonce dans un rapport l’augmentation des viols en Côte d’Ivoire

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Un rapport qui a fait froid dans le dos sur le viol en Côte d’Ivoire est paru lundi dernier. On ignorait que ce phénomène avait pris une ampleur grandissante dans le pays de 2012 à 2015. Politikafrique.info a voulu en savoir plus. 

 

Sur le terrain, le sentiment de peur est partagé par des femmes. « Quand je ne finis pas vite les cours, j’ai peur de prendre le chemin qui mène chez moi dans mon quartier à Abobo. Une fois le coup de 20 heures sonné, j’ai peur de sortir. Il y a tout le temps des cas d’agression. Etant une fille, je crains d’être violée », fait savoir à Damoa Anoh Valérie, une étudiante. Le décor est planté.

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La Convention de la société civile de Côte d’Ivoire (CSCCI) estime que le phénomène est réel. «Nous avons travaillé dans plusieurs régions avec le projet « cohésion sociale et réconciliation nationale ». Nous avons visité des localités comme Bondoukou et Korhogo où, nos enquêtes ont révélé qu’il y avait des viols. Je ne savais pas que cela s’étendait à ce point sur le plan national. C’est déplorable », dis Gnionsahé Hélène, coordonnatrice nationale de la Convention de la Société Civile de Côte d’Ivoire, jointe par Politikafrique.info. Elle propose qu’« Il faut une loi sur le viol répressive pour que cela prennent fin. Il faut de même revoir la définition du viol parce que la loi qui existe aujourd’hui n’est pas très précise , de même pour les sanctions qui en découlent. Il faut aussi arrêter de traiter les viols de façon consensuelle dans les villages et les communautés. Parce que très souvent, pour ce que nous avons constaté sur le terrain, quand il y a viol, on va devant le chef du village ou devant le chef de quartier et on règle cela à l’amiable. Ça ne devrait pas se faire ainsi. Tout cas de viol doit être sanctionné et réglé par la loi ».

Aucune réaction du ministère ivoirien de la Promotion de la femme, de la Famille, et de la Protection de l’Enfant. Selon la représentation en Côte d’Ivoire de l’Organisation des Nations Unies, soutenue par le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), 1 192 cas de viols et de tentatives de viols ont été commis en Côte d’Ivoire dans la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2015.
Pour la Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire, c’est un rapport qui n’est pas actuel. « La Commission note que certains cas de viol documentés par les auteurs de ce rapport datent de plusieurs années », déclare sa présidente Namizata Sangaré.

Le Dr Fulbert Yao est enseignant-chercheur à l’UFR de Sociologie à l’Université Félix Houphouët-Boigny. Il fait un diagnostic de la montée de cette forme de violence. « On peut l’expliquer par les différentes crises qu’on a connues et qui ont occasionné une montée de criminalité. Il y a également les difficultés de la vie des citoyens. Il n’est pas aisé aujourd’hui d’entretenir une femme. Quand les moyens manquent et qu’on doit satisfaire sa libido, on utilise tous les moyens. Il fut aussi un temps où les prostituées professionnelles étaient traquées, or elles rendent d’énormes services plusieurs personnes. Quand on ne sait plus où les trouver et qu’on éprouve un besoin, évidemment on se jette sur la première venue », explique l’universitaire.

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                                                         Image utilisée à titre d’illustration / CREDIT : DR

Pour endiguer ce mal social, Dr Fulbert Yao propose de « professionnaliser le métier de sexe en le reconnaissant de façon officielle comme cela se fait dans certains pays en Occident. Il s’agira de délivrer des documents légaux aux acteurs intéressés par ce métier pour que les personnes qui seront dans le besoin de sexe les sollicitent. Il est vrai que, même si c’est mal vu, la prostitution participe à l’équilibre de la société. En outre, il faut renforcer les actions d’auto-responsabilisation des jeunes pour qu’ils soient à l’abri du besoin. Parce que quand on est dans des difficultés et que les besoins comme ceux du sexe se présentent, on a que la force pour se satisfaire » constate-t-il.

Irié Eugénie, une couturière dans la commune d’Adjamé soutient que « Les histoires de microbes et de cybercriminels qui font des sacrifices de sang, ça me fait peur. Une fois la nuit tombée on se dépêche de ranger les choses pour rentrer à la maison et chaque jour nous prions Dieu pour qu’il nous protège », dit-elle.
« Dans mon travail, il y a toujours des plaintes de personnes qui déclarent que leurs enfants, leur femme ou un proche a été victime de viol. Il y a une semaine, on nous a envoyé une petite fille qui a été violée. Les parents de la victime ont voulu camoufler l’affaire parce qu’ils connaissent la personne qui a posé l’acte et comme ils vivent dans le même quartier, ils n’ont pas voulu que cela aille loin et ont préféré un arrangement à l’amiable », témoigne Dédo Nadine, assistante sociale.

En revanche, Maguy K., agent de banque dit ne rien craindre. « Dans mon quartier Cocody Riviéra Palmeraie où je vis depuis 24 ans, je n’ai jamais entendu parler de cas de viol. Par contre, il y a souvent des cas de vols. Je n’ai jamais entendu non plus parler d’agressions sexuelles sur des enfants », soutient-elle. Le cadre de vie influe évidemment, soutiennent les chercheurs. Cette réalité est à prendre en compte par les autorités de la protection sociale et de la sécurité.

Le rapport de l’ONU gène. L’Etat est interpellé face à une situation sournoise, difficile à identifier car rarement dénoncée. Le silence des familles, au premier chef, est coupable. Il faut sortir la situation des viols de l’obscurité où elle se trouve. Chacun doit prendre ses responsabilités.

Richard YASSEU

Article publié avec la collaboration de politikafrique.info




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