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samedi 24 février 2018
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Yamoussoukro, capitale fantôme

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L’ouverture de l’hôtel des parlementaires, la construction de la zone administrative et politique (ZAP) à Yamoussoukro, dans la région du Bélier, étaient des preuves tangibles de la volonté passée de transférer la capitale de la Côte d’Ivoire d’Abidjan à Yamoussoukro.

Mais, depuis la chute du Président Laurent Gbagbo en 2011, les chantiers de la cité qui devait abriter les institutions ont peu à peu ralenti avant de s’interrompre définitivement.

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                                                                 Hotel des parlementaires / CREDIT : DR

Ce projet de transfert de la capitale à Yamoussoukro est-il toujours d’actualité ?

Il est 14h ce mardi 15 Juin lorsque l’on décide de se rendre à la zone administrative et politique (ZAP). Du taxi, un beau paysage s’offre au regard du visiteur. De longues étendues vertes parsemées d’arbres dignes de la savane arborée de cette zone du centre-Sud de la Côte d’Ivoire, s’offre à nous.

Un troupeau de bœufs erre sur la voie caillouteuse. Le guide rassure et précise « qu’il y a plusieurs villages de l’autre côté de l’étang », bien visibles. Parmi les villages qu’il a nommés, l’un d’eux attire l’attention : « Attiégouakro ». Ce village, qui en début de mois a connu des remous entre agriculteurs et éleveurs.

Une fois sur le site, l’on se croirait sur les vestiges de la Rome antique. Un silence de cimetière y règne. Seuls les oiseaux se font entendre.

Sur ce que l’on pouvait appeler « chantier » quelques années auparavant, aucune machine, aucune grue, aucun gardien. Six gros piliers imposent leur présence sur cette vaste étendu presque vide. Quelques pancartes indiquent le numéro des chantiers « PFO 221 » (Pierre Fakhoury Organisation). Un code que seuls les travailleurs pourraient déchiffrer. Il n’y a plus rien. Selon le guide, les travaux sont arrêtés depuis au moins 3 ans.

Un peu plus loin, le guide pointe du doigt une maison décoiffée, « c’est la maison des manœuvres. Depuis qu’ils ne sont plus là, les gens sont venus voler les tôles » indique-t-il.

Le chauffeur reconnait que « franchement les travaux arrangeaient la ville de yamoussoukro. Ça donnait un peu d’argent à la jeunesse parce que les jeunes travaillaient. »

Selon lui, depuis qu’ils ont arrêtés les travaux « les gens sont retournés dans leurs villes ». Le guide du jour ajoute également que son « cousin qui travaillait ici est parti à Abidjan depuis deux ans ».

Les jeunes n’avaient pas été recrutés qu’à Yamoussoukro. Ils étaient également venus des villes voisines, en l’occurrence de Bouaké, Botro, Katiola, pour venir travailler sur le chantier mais depuis, tous, sont retournés chez eux.

Faire de son village natal Yamoussoukro, la capitale de la Côte d’Ivoire était un projet cher à Félix Houphouët Boigny, fondateur de la nation ivoirienne. Le 21 mars 1983, ce projet se dessine un peu avec le vote de la loi N° 83-242. 10 ans plus tard, en 1993, il meurt avant de mettre son projet à exécution.

En 1997, son successeur Henri Konan Bédié, après 4 ans de pouvoir, donne un peu plus de teneur à ce projet par le décret N° 97-177 du 19 mars 1997, en inaugurant la voix principale qui débouche sur la cité devant abriter les institutions administratives.

Le projet prend vie sous le président Laurent Gbagbo qui, après sa prise de pouvoir en Octobre 2000, commence effectivement les travaux qui matérialisent le transfert de la capitale. Il avait débuté par la construction de l’hôtel des parlementaires avec le parlement en construction à quelques centaines de mètres.

Une structure avait été mise en place spécialement pour faciliter le transfert de la capitale. Il s’agit du programme spécial de transfert de la capitale à Yamoussoukro (PSTCY). Mais le 18 janvier 2012, un décret dissout la structure alors en charge du programme de ce transfert.

Le Président Ouattara, lors de ces deux campagnes présidentielles, 2010 et 2015, a confirmé le projet.

Mais en 2015, lors d’une visite à Yamoussoukro, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Hamed Bakayoko déclarait que les espaces réservés pour la délocalisation de la capitale « ont servi à des projets de logement »

Basilique-yamoussoukro-regionale.info

                                                                       Basilique Notre Dame de la Paix / CREDIT : DR

Ce que pensent les autorités

Au District de Yamoussoukro, Mme Ného explique clairement que le district n’a en sa possession aucun dossier ni information à ce sujet. « Notre rôle c’est de moderniser les villages. Quand la mairie n’a pas de moyens, on l’aide. On fait les gros travaux » précise-t-elle.

Concernant, l’ex-PSTCY, structure chargée du transfert de la capitale, elle reconnait que la structure partageait le même bâtiment, c’est-à-dire dans la fondation Félix Houphouët Boigny, mais elle n’en sait pas plus. « On se voyait, on se saluait mais on n’a pas grande information dessus. »

« La fondation n’a pas d’informations sur le sujet, cependant, l’ex-PSTCY avait ses locaux ici mais ils sont partis ». révèle une source qui a requis l’anonymat. Elle explique que, comme le Districtcette structure était autonome.

« On ne montait pas là-bas comme ça. Ils étaient stricts » précise-t-il. Selon lui après avoir quitté la fondation, le PSTCY a eu un nouveau siège vers la Basilique Notre Dame de la paix. Mais, pour être plus sûr de ce qu’il avance, séance tenante, il joint par téléphone un contact. Ce dernier l’informe que « le projet a pris fin. La structure a été dissoute. »

Le directeur de la structure, qu’il nomme monsieur N’Goran et qui était enseignant, est retournée à l’INPHB pour donner des cours.

« Comme, d’ailleurs tous ses collaborateurs qui ont été redéployés dans l’administration parce que tous fonctionnaires au départ », précise -t- il.

Une autre autorité est sollicitée. Il s’agit d’André Epkonon, le Préfet de Région. « C’est un dossier du District » et il nous conseille d’aller vers le District. Après un moment passé à signer la pile de documents sur son bureau, il rompt enfin le silence, « On peut passer à autre chose ? ». Quand nous lui rappelons que notre question n’a pas obtenue de réponse : « le silence est aussi une réponse » lance-t-il.

Au niveau de la mairie les gens ne sont pas forcement renseignés sur ce sujet. Le premier adjoint au maire explique que la mairie n’a aucune information sur le transfert de la capitale mais, quant aux raisons de non reprise des travaux, il donne son avis en tant que technicien : « Vous savez, l’Etat c’est comme une famille. Et donc dans une famille, il y a des priorités. Certainement que l’Etat a eu d’autres priorités comme la construction d’écoles ou d’hôpitaux ».

Retour à Abidjan. Du côté de la Primature, c’est une réponse fulgurante mais précise qui, enfin, nous est donnée : « c’est fini ! »

Raïssa N’Guessan

Article publié en collaboration avec POLITIKAFRIQUE.INFO




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